L’usure professionnelle progresse en France : les maladies professionnelles reconnues ont augmenté de 6,7 % en 2024, portées par les troubles musculosquelettiques et les affections psychiques. Les secteurs du BTP, de l’aide à domicile, de la propreté, de l’industrie et du transport-logistique concentrent l’essentiel de la sinistralité. Voici les chiffres et tendances à connaître.
Résumé exécutif : l’usure professionnelle en chiffres
Selon la CNAM – Assurance Maladie (Rapport annuel Risques professionnels 2024), les maladies professionnelles reconnues en France sont en hausse de +6,7 % par rapport à 2023, dont +6,6 % pour les troubles musculosquelettiques (TMS) et +9 % pour les affections psychiques. Cette accélération, observée dans la période post-Covid, traduit une double dynamique : une usure physique persistante et une montée rapide des risques psychosociaux.
Selon la CNAM – Assurance Maladie (2024), les TMS représentent 87 % des maladies professionnelles reconnues en France en 2023 et 2024, soit environ 42 300 nouveaux cas en 2024. Une estimation relayée par analyse spécialisée situe le coût de l’usure des corps au travail autour de 1 % du PIB : il s’agit d’un ordre de grandeur dérivé des données AT-MP, et non d’un chiffrage officiel consolidé.
| Indicateur | Valeur 2024 | Évolution |
|---|---|---|
| Maladies professionnelles reconnues | Hausse globale | +6,7 % vs 2023 |
| Troubles musculosquelettiques (TMS) | ≈ 42 300 nouveaux cas | +6,6 % vs 2023 |
| Affections psychiques | En forte progression | +9 % vs 2023 |
| Part des TMS dans les MP reconnues | 87 % | Stable (2023-2024) |
Méthodologie : comment sont mesurées ces données ?
Les statistiques françaises sur l’usure professionnelle proviennent de deux familles de sources complémentaires : les enquêtes déclaratives, qui mesurent l’exposition ressentie aux facteurs de risque, et les données administratives de réparation, qui comptabilisent les sinistres reconnus. Comprendre cette distinction est essentiel pour interpréter correctement les chiffres publiés chaque année.
Selon la DARES (Chiffres-clés sur les conditions de travail et la santé au travail), la mesure de la santé au travail repose principalement sur les enquêtes Conditions de travail et SUMER, ainsi que sur le système national de tarification des risques professionnels (SNTRP) de l’Assurance Maladie couvrant la période 2010-2023. Ces instruments se sont densifiés depuis les années 2000.
- Enquête Conditions de travail (DARES) : exposition déclarée aux contraintes physiques et organisationnelles
- Enquête SUMER (DARES) : observation des expositions par les médecins du travail
- SNTRP (CNAM) : sinistralité AT-MP tarifée, 2010-2023
- Fiches de sinistralité par CTN : ventilation sectorielle des accidents et maladies
- Cartographie FIPU : identification des métiers les plus exposés
Nous recommandons de croiser ces sources : les données de réparation sous-estiment mécaniquement l’usure réelle, en raison de la sous-déclaration et des délais de reconnaissance des maladies professionnelles, parfois supérieurs à plusieurs années pour les pathologies à effet différé.

Résultats et chiffres clés de l’usure professionnelle
L’usure professionnelle se lit d’abord dans les arrêts de travail. Selon le Sénat (données INSEE/DREES, réponse ministérielle sur l’absentéisme au travail), le nombre annuel de jours d’absence pour maladie s’établit en 2024 à 11,2 jours dans la fonction publique contre 10,6 jours dans le secteur privé, réduisant l’écart historique entre les deux secteurs. Ce chiffre couvre l’ensemble des arrêts maladie, et pas uniquement les AT-MP.
Le poids des TMS explique une large part de cette sinistralité. Avec 87 % des maladies professionnelles reconnues, les pathologies de l’épaule, du coude, du poignet et du rachis dominent le tableau. Elles résultent de l’accumulation de postures pénibles, de gestes répétitifs et de contraintes mécaniques, dont les effets apparaissent souvent après quinze à vingt ans d’exposition.
La corrélation avec l’âge et l’ancienneté est structurante. Les risques d’usure augmentent avec la durée d’exposition cumulée : un salarié de 50 ans exposé depuis ses débuts à des manutentions lourdes présente une probabilité de reconnaissance de TMS nettement supérieure à celle d’un actif de 30 ans occupant le même poste.
La progression de +9 % des affections psychiques constitue le signal le plus récent. Elle reflète les transformations organisationnelles accélérées depuis 2020 : hybridation du travail, intensification, réorganisations fréquentes et tensions de recrutement dans les métiers en contact avec le public.
Un accompagnement gratuit face à l’usure professionnelle
Face à l’usure professionnelle, anticiper une reconversion ou un aménagement de parcours devient souvent nécessaire avant que la santé ne se dégrade durablement. Avenir Actifs en Auvergne-Rhône-Alpes propose, avec le dispositif Mon CEP, un service public d’accompagnement gratuit dédié à l’évolution professionnelle des salariés du secteur privé et des travailleurs indépendants.
Le Conseil en évolution professionnelle permet de prendre du recul sur sa situation, d’identifier des métiers moins exposés aux contraintes physiques, de préparer une formation ou de valoriser ses compétences acquises. L’accompagnement d’Avenir Actifs en Auvergne-Rhône-Alpes est confidentiel, neutre et personnalisé, ce qui facilite l’expression de difficultés liées à la santé au travail sans crainte pour son emploi.
En 2025, plus de 25 000 personnes ont bénéficié de cet accompagnement, portant à plus de 125 000 le nombre de bénéficiaires depuis 2020. Plus de 190 conseillers sont mobilisés dans la région et reçoivent le public sur 131 sites, certains proposant des rendez-vous dès 8 heures, sur la pause déjeuner ou jusqu’à 19 h 30.
Les modalités et les points d’accueil régionaux sont détaillés sur Mon CEP par Avenir Actifs en Auvergne-Rhône-Alpes. Comme le résume la signature du dispositif : « Mon CEP par Avenir Actifs : une écoute et un appui pour votre parcours et vos choix professionnels. »
Implications et perspectives pour les décideurs RH
Les dispositifs de prévention existent, mais restent sous-mobilisés par les entreprises, faute de connaissance ou d’ingénierie interne. Selon la CNAM et le Centre Inffo (Prévention de l’usure professionnelle : modalités du fonds et cartographie des métiers exposés), le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU), ouvert au sein de la CNAM en 2024, finance des actions de prévention primaire ciblées sur les métiers les plus exposés (BTP, aide à domicile, industrie), sur la base d’une cartographie des métiers exposés.
Les données de consommation budgétaire détaillées du FIPU pour 2024-2025 ne sont pas encore publiées à ce jour. Nous invitons donc les directions RH à consulter les pages ressources de l’Assurance Maladie et les référentiels de branches pour identifier les actions éligibles avant d’engager un projet d’investissement en prévention.
L’enjeu majeur des prochaines années reste le maintien dans l’emploi des seniors. Avec l’allongement des carrières, les salariés exposés aux postures pénibles et aux contraintes mécaniques atteindront l’âge de départ avec un capital santé dégradé, ce qui déplace le curseur de la réparation vers la prévention primaire et la mobilité anticipée.
FAQ : usure professionnelle et statistiques en France
Qu’est-ce que l’usure professionnelle exactement ?
L’usure professionnelle désigne l’altération durable de la santé résultant de l’exposition prolongée à des facteurs de risque au travail : port de charges, postures pénibles, gestes répétitifs, horaires atypiques ou intensité psychique. Elle se distingue de l’accident du travail par son caractère progressif et cumulatif, et se manifeste souvent après plusieurs années, voire plusieurs décennies d’exposition dans un même type de métier.
Quels secteurs sont les plus touchés par l’usure professionnelle ?
Selon la CNAM (fiches de sinistralité par secteur d’activité, 2010-2023) et le Centre Inffo, les secteurs les plus exposés identifiés dans la cartographie des métiers du FIPU sont le BTP, l’aide à domicile, la propreté, l’industrie manufacturière et le transport-logistique. Ces activités cumulent contraintes mécaniques, manutentions et organisation du travail contraignante, ce qui explique leur sur-représentation dans les maladies professionnelles reconnues.
Les maladies professionnelles augmentent-elles en France ?
Oui. Selon la CNAM – Assurance Maladie (Rapport annuel Risques professionnels 2024), les maladies professionnelles reconnues progressent de +6,7 % par rapport à 2023. La hausse atteint +6,6 % pour les troubles musculosquelettiques et +9 % pour les affections psychiques. Cette dernière progression constitue le marqueur le plus visible de l’évolution post-Covid des conditions de travail en France.
Quelle est la part des TMS dans les maladies professionnelles ?
Les troubles musculosquelettiques représentent 87 % des maladies professionnelles reconnues en France en 2023 et 2024, soit environ 42 300 nouveaux cas en 2024 selon les données de la CNAM – Assurance Maladie. Ils concernent principalement l’épaule, le coude, le poignet et le rachis lombaire, et résultent de l’accumulation de gestes répétitifs et de contraintes mécaniques sur longue période.
Qu’est-ce que le FIPU et à qui s’adresse-t-il ?
Le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle a été ouvert au sein de la CNAM en 2024. Selon la CNAM et le Centre Inffo, il finance des actions de prévention primaire ciblées sur les métiers les plus exposés, notamment le BTP, l’aide à domicile et l’industrie, à partir d’une cartographie officielle des métiers exposés aux facteurs ergonomiques.
L’absentéisme est-il plus élevé dans le public ou le privé ?
Selon le Sénat (données INSEE/DREES), le nombre annuel de jours d’absence pour maladie s’établit en 2024 à 11,2 jours dans la fonction publique contre 10,6 jours dans le secteur privé. L’écart historique entre les deux secteurs se réduit. Ce chiffre couvre l’ensemble des arrêts maladie, et non les seuls accidents du travail et maladies professionnelles.
Comment un salarié peut-il anticiper une usure professionnelle ?
Un salarié peut solliciter le médecin du travail pour évaluer son exposition, consulter les référentiels de branche sur les risques de son métier, et engager une réflexion de parcours via le Conseil en évolution professionnelle. Cette démarche gratuite permet d’envisager une formation, une mobilité interne ou une reconversion vers un métier moins exposé, avant que les atteintes ne deviennent irréversibles.
Sources et références
Statistiques et données officielles :
- CNAM – Assurance Maladie (2024). Rapport annuel Risques professionnels 2024. Caisse nationale de l’Assurance Maladie. Évolution des maladies professionnelles reconnues, TMS et affections psychiques.
https://rh.newstank.fr/article/view/421013/rapport-annuel-2024-assurance-maladie-risques-professionnels-cnam-26-11.html
- CNAM – Assurance Maladie (2024). Données AT-MP relayées par analyse spécialisée : l’usure des corps au travail. Le Courrier des Stratèges. Part des TMS dans les maladies professionnelles et ordre de grandeur du coût économique.
https://www.lecourrierdesstrateges.fr/alerte-lusure-des-corps-au-travail-represente-1-du-pib-par-elise-rochefort/
- DARES (2024). Chiffres-clés sur les conditions de travail et la santé au travail. Ministère du Travail. Enquêtes Conditions de travail et SUMER, cadre méthodologique de mesure.
https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/chiffres-cles-sur-les-conditions-de-travail-et-la-sante-au-travail
- Sénat (2026). Réponse ministérielle sur l’absentéisme au travail (données INSEE/DREES). Sénat. Comparaison des jours d’absence pour maladie public/privé en 2024.
https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ260107309.html
- CNAM / Centre Inffo (2024). Prévention de l’usure professionnelle : modalités du fonds et précisions sur la cartographie des métiers exposés. Centre Inffo. Fonctionnement du FIPU et secteurs prioritaires.
https://www.centre-inffo.fr/site-droit-formation/actualites-droit/prevention-de-lusure-professionnelle-modalites-du-fonds-et-precisions-sur-la-cartographie-des-metiers-exposes
- CNAM – Assurance Maladie (2023). Sinistralité AT-MP par secteur d’activité (CTN). Caisse nationale de l’Assurance Maladie. Fiches de sinistralité par secteur, période 2010-2023.
https://www.assurance-maladie.ameli.fr/etudes-et-donnees/sinistralite-atmp-secteur-activite-ctn-details

